La taille des aiguilles des pins noirs et rouges.

   Les techniques exposées dans cet article sont celles utilisées au Japon, dans des conditions climatiques très spécifiques. Les été sont chauds et humides. Ainsi, les plantes connaissent un développement bien plus important que sous nos latitudes. En observant leur croissance, j’ai estimé que cela équivalait à 2 ou 3 saisons de pousse en Europe. Cela signifie schématiquement qu’on va pouvoir tailler un feuillu jusqu’à deux ou trois fois au Japon, alors que le même arbre ne serait taillé qu’une fois sur la même période en Europe.

    Pour un pin, on ne va pas forcément tailler plusieurs fois dans la saison, mais on aura des réactions très fortes suite aux travaux effectués, et donc nécessité de sélectionner les nouveaux bourgeons émis, et d’éclaircir d’avantage les aiguilles.

   Donc, ces techniques doivent être adaptées à notre climat, et certaines opérations sont carrément à proscrire (je pense à la taille des bourgeons des pins blancs, j’y reviendrai).

   Les travaux effectués sur les pins en été sont principalement: la taille des pousses de l’année, et la sélection des aiguilles. A cela s’ajoute parfois la mise en forme de l’arbre, avec sélection des grosses branches, et ligaturage.

   Pour commencer, je vais détailler les techniques utilisées sur les pins noirs et les pins rouges.

   On laisse ces bonsai développer leurs bourgeons largement après le printemps, avant de les couper. Au moment où j’arrive à la pépinière, le 10 juillet (2016), les plus gros arbres (30cm de hauteur et plus) ont déjà été taillés. Certaines de ces plantes ont déjà émis de nouveaux bourgeons, ce qui laisse supposer que leur taille remonte à plusieurs semaines.

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Un pin noir (environ 40cm) qui a déjà émis de nouveaux bourgeons. Photo prise vers le 20/07. Idem pour les deux suivantes.

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Un pin rouge (environ 60 cm), qui a lui aussi bien réagi à la taille.

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Sur ce pin, on constate qu’en plus de la taille des pousses, beaucoup d’aiguilles ont été retirées.

    On attend juillet pour tailler les arbres les plus petits, ainsi ils auront moins de temps que les gros pour développer leurs aiguilles avant la période de repos. Celles ci auront donc des dimensions plus en rapport avec les proportions de l’arbre.

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29 juillet:  quasiment tous les pins noirs de petite taille (shohin) on été taillés. Au milieu et au fond de la photo, on distingue quelque arbres qui restent à faire.

   Concrètement, on va tailler les pousses à ras pour faire naître de nouveaux bourgeons, et permettre une ramification plus importante. On va aussi procéder à la sélection des aiguilles en les retirant avec une grosse pince à épiler. Cela va apporter plus de lumière à l’intérieur de l’arbre et favoriser le développement des rameaux internes, plus faibles, car recevant moins de lumière. Éventuellement, cela permettra aussi de stimuler l’apparition des nouveaux bourgeons à l’intérieur de la ramure, en plus de ceux qui vont apparaître automatiquement aux extrémités taillées.

   Sur tous les pins noirs et rouges, on taille la totalité des pousses de l’année. Sauf si l’arbre est trop faible, ou qu’on désire qu’une partie de l’arbre se développe davantage.

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Ici, on veut faire grossir la cime de l’arbre, ou lui redonner de la vigueur, donc pas de taille pour elle, contrairement au reste de l’arbre.

   Pour la sélection des aiguilles, c’est au cas par cas. Sur des arbres très vigoureux, on va retirer toutes les aiguilles des années passées, et ne laisser que 3 ou 4 paires d’aiguilles de l’année par rameaux. Sur des bonsai faibles, ou anciens, dont la pousse est lente, on va se contenter de retirer seulement quelques vieilles aiguilles.

   Entre ces deux cas extrêmes, il y a un tas de possibilités en fonction de ce que nous « dit » l’arbre. Sa santé, le niveau esthétique atteint, sont les critères qui vont guider notre choix de désaiguiller plus ou moins. Sur des arbres précieux, Oyakatta nous demandait de commencer par une sélection légère des aiguilles, puis il prenait la main pour décider lui-même jusqu’où aller dans l’opération, ou bien il nous laissait faire, mais revenait à intervalles réguliers pour nous dire jusqu’où aller.

   On peut aussi contrôler la vigueur d’une branche en réduisant la longueur des aiguilles par la taille. Cela peut aussi avoir un but esthétique, si l’on veut donner à toutes les aiguilles la même dimension. Avec le petit inconvénient de laisser une trace brune à l’endroit de la coupe.

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Les outils: ciseaux et pince à épiler.

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Un pin noir avant…

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…et après.

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La taille est effectuée au ras de la pousse. Il ne reste qu’un millimètre ou deux. Pour retirer les aiguilles, on tire sur leur base à la pince à épiler. Il ne va rester que leur gaine. Sur cet arbre, certaines aiguilles avaient déjà été raccourcies avant notre travail (probablement l’an passé). On voit les traces laissées par cette taille à leur extrémité.

 

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Un autre exemple. Avant…

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…après.

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Sur ce bonsai, on a taillé toutes les pousses de l’année, et retiré beaucoup d’aiguilles.

   Quelques semaines après avoir taillé les pousses de l’année, de nouveaux bourgeons apparaissent, principalement au niveau de la coupe. On ne laisse que deux ou trois bourgeons par rameau en gardant les mieux placés. L’opération se fait à la grosse pince à épiler. En faisant cette sélection, il faut penser à la future mise en forme de la branche: le dessous des plateaux doit être bien plat, donc il faut retirer en priorité les bourgeons situés sous la branche.

   Quand les bourgeons repoussent, ils sont souvent nombreux et vigoureux. Cela s’explique par le climat et la fertilisation soutenue : Engrais organique (NPK: 4-2-1) sous forme de boulettes, renouvelé pendant toute la saison de croissance, même pendant l’été. Pendant cette période, on arrose en général deux fois par jour, donc il n’y a pas de risques de voir les racines brûler à cause d’un excès d’engrais. En plus, le dosage de l’engrais n’est pas trop élevé.

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Sur ce pin rouge, il ne faut conserver que deux ou trois bourgeons par rameau.

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Oyakatta commence la sélection.

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Je poursuis le travail sur ce pin impressionnant.

 

Voilà ce que j’ai pu saisir du travail réalisé en été sur les pins noirs et rouges. On peut appliquer ces techniques en Europe sur les mêmes espèces, en les adaptant à nos conditions de climat, de culture, et à la vitalité de nos arbres. Par exemple, ici en France, je ne taille jamais les pousses de l’année après la fin du mois de juin, pour laisser le temps aux nouvelles aiguilles de se développer.

Je consacrerai un prochain article sur les pins blancs, réputés être des pins plus faibles.

Les « mame »

Les bonsai sont classés en fonction de leur dimension. La catégorie la plus petite s’appelle « mame ». Ce sont les arbres de moins de 7 cm de haut. Leur culture ne tolère aucune erreur. A Taisho-en, c’est Hasanuma qui en est responsable. Cet homme très discret et jovial a un rôle central dans la pépinière. Il reçoit les appels des clients, gère le site internet, s’occupe des colis postaux, et se voit confier une des tâches les plus délicates: l’entretien des mame.

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Hasanuma effectuant la taille d’un pin. Remarquez le support à mame, pratique pour travailler l’intérieur de la ramure de ces petits bonsai.

 

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L’espace de travail d’ Hasanuma. Malgré ses nombreuses occupations, il est toujours disponible pour répondre à nos questions.

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L’atelier donne directement sur l’espace shohin (jusqu’à 22-23 cm), et mame (7cm).

 

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Les mame sont disposés à l’arrière plan.

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Ceux qui viennent d’être rempotés sont placés à l’ombre.

Au japon, pouvoir classer les bonsai par taille est important. Un arbre qui sort de sa catégorie perd de sa valeur. Ainsi, on essaie toujours de les maintenir dans des dimensions « acceptables ». Pour exemple, le genévrier ci-dessous qui sera travaillé dans ce sens au prochain rempotage.

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L arbre est un peu « grand » pour rester dans la catégorie des moins de 7 cm.

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Au rempotage, on doit pouvoir gagner 1 à 2 cm en faisant entrer l’arbre un peu plus dans le pot.

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Un pin noir dont la pousse de l’année a été taillée, et une partie des aiguilles retirée (environ 50 à 60 %) pour favoriser le bourgeonnement arrière.

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Ce tosho (junip.rigida) est à vendre environ 230€.

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Sur ce genévrier chinensis, on voit bien les 2 types de feuillage qu’il peut produire. En haut, le feuillage en écailles, et en bas le feuillage juvénile, émis en réaction à un stress (probablement causé par la ligature). Si on laisse l’arbre se reposer et qu’on le cultive bien , il retrouvera le feuillage en écaille tant apprécié.

 

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Cette photo de côté avec le briquet, nous donne une idée de l’échelle.

 

En se promenant dans la pépinière, on découvre une autre zone dédiée aux mame, et elle se trouve sur un toit!

Depuis cet été (2016), un système d’ombrage a été installé. Jusqu’à présent les arbres supportaient bien le plein soleil, mais les températures ont une fâcheuse tendance à augmenter (comme un peu partout sur la planète), et il devient compliqué de maintenir les arbres dans ces conditions.

Il faut noter que si les arrosages ont lieu en général 2 fois par jour pour les autres arbres, les mame cultivés ici sont arrosés parfois jusqu’à 4 fois par jour.

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On cultive les mame dans un pot plus grand, pour éviter que la terre du pot principal ne sèche trop vite.

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Difficile de faire plus petit !

 

Pour finir, une petite merveille de mise en forme réalisée par Hasanuma:

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La pédagogie de Nobuichi Urushibata

   Dans cet article, je vais aborder un peu plus en détail la manière dont le bonsai est enseigné à Taisho-en. Je vais parler des méthodes de Nobuichi Urushibata. Le maitre s’occupe uniquement des étudiants étrangers qui viennent apprendre ici pour de courts séjours.

   En ce qui concerne Taiga, sa pédagogie est proche de celle de son père, mais il semble plus rude et encore plus exigeant. On comprend cela quand on sait que le jeune artiste a suivi pendant 6 ans l’enseignement de Mashiko Kimura, un des plus grands maitres, réputé pour son enseignement très sévère. Taiga a en charge la formation des « daishi », les apprentis qui passeront minimum 4 ans à la pépinière avant de devenir professionnels.

   A Taisho-en, le programme n’est jamais donné à l’avance. Il faut rester attentif en permanence aux activités de la pépinière, et être prêt à tout moment à suspendre une tâche pour aller aider quelqu’un qui en aurait besoin. Et c’est souvent d’un simple signe de la main qu’on vous sollicite. Cela peut être pour aller déplacer un arbre, décharger un véhicule, ou apporter son aide à un travail spécifique qui a besoin d’une paire de main supplémentaire.

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   Quand Oyakatta travaille, nous devons suivre avec attention ses gestes pour pouvoir anticiper ses demandes. En effet, pour réclamer un outil, il se contentera…de tendre la main dans le vide! A vous de deviner de quoi il a besoin. Pour que l’action reste fluide, mieux vaut avoir bien suivi les opérations.

   Du coup, au bout de quelques temps, on développe la même attention au travail des autres étudiants, et il n’est pas rare qu’un outil traverse la pièce en passant de main en main, alors que la demande a à peine été énoncée. De ce fait, le travail avance vite, dans un climat de concentration et d’entraide très appréciable.

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Carlos sélectionne les aiguilles d’un grand pin blanc.

   Comme je l’ai dit dans l’article « l’apprentissage du bonsai à Taisho-en », ici, pas de cours théoriques. Chaque nouvelle tâche commence par une phase d’observation : par exemple, avant ma première séance de ligaturage, j’ai été invité à aller observer les arbres de la pépinière déjà mis en forme. Ensuite, Oyakatta a ligaturé sous mes yeux une branche d’un bonsai, et j’ai poursuivi ensuite tout seul. Régulièrement, le maitre revenait pour juger mon travail, me demandant de défaire et de recommencer une ligature mal faite, et souvent, il ligaturait de nouveau lui même pour me montrer la marche à suivre.

On pourrait résumer les différentes actions ainsi:                                                                                               Observer – faire soi même – être corrigé – refaire.

   Ce processus va être sans cesse répété, jusqu’à ce que vous soyez de plus en plus autonome. Au bout d’un temps, et en fonction de l’importance des arbres, Oyakatta vous laissera travailler seul, et viendra seulement contrôler votre travail un fois celui-ci terminé. A ce moment là, si vous avez bien travaillé, vous serez gratifié d’un léger sourire, et d’un grand « Next »…. Pas le temps de s’endormir sur ses lauriers, on enchaine avec un autre arbre!

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Je pince les jeunes pousses de ce beau genévrier rigida, dont la veine vivante serpente avec élégance autour du bois mort.

   Nobuichi Urushibata a développé une très grande sensibilité en direction des plantes. D’un seul coup d’oeil, il sait estimer la quantité d’eau nécessaire lors de l’arrosage, juger de la santé d’un arbre, évaluer si un travail peut être réalisé, et surtout jusqu’où aller  pour ne pas le mettre en danger. Il a aussi cette capacité à ne jamais s’enfermer dans une idée, et à pouvoir modifier totalement un projet, si jamais il se rend compte au cours du travail, que l’option prise n’est pas la meilleure (pour des raisons esthétiques, ou pour préserver la santé du bonsai). Ainsi, l’artiste sait faire preuve d’une grande humilité face à sa création. Sa volonté ne s’impose jamais inutilement à la plante.

   Dans la journée, très peu de choses semblent être planifiées à l’avance par le maitre. C’est son instinct qui le guide en permanence. Mais cette faculté à organiser son travail, et cette connexion avec le vivant, sont le fruit de longues années d’observation, d’essais, de remise en question, et de perfectionnement de ses techniques. Le vieil  homme me fait penser à ces maitres d’arts martiaux, ou ces virtuoses dans le domaine musical,  qui ont tellement travaillé et intégré la technique de leur art, que chacun de leur geste est chargé d’énergie, et semble être réalisé avec une facilité déconcertante. Ils font corps avec leur discipline, et génèrent beaucoup d’harmonie et de beauté. Il en est de même pour Nobuichi Urushibata.

   Ce sens de l’observation et cette sensibilité, s’appliquent aussi envers les humains. Le maitre vous donne toujours un travail à réaliser en fonction de votre niveau, ou de celui à atteindre. Du coup, il est fréquent, pour un même arbre, que l’un des étudiants commence un travail, puis qu’un deuxième s’occupe de l’étape suivante. Par exemple, au début de mon séjour, sur les genévriers, ma tâche consistait  à  éclaircir les rameaux par la taille, pour préparer le ligaturage. Petit à petit, on m’a donné à faire également quelques ligatures de branches. A la fin du mois, il m’arrivait de n’avoir que la finition des mises en forme à réaliser (poser les fils les plus petits), alors qu’un étudiant fraichement arrivé réalisait les travaux que je faisait plutôt au début. On me confiait également plus d’ arbres à mettre en forme de A à Z.

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Un genevrier à travailler..

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…à quatre mains.

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Le résultat de notre mise en forme.

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Voici le type d’arbre qui peut servir à s’entrainer à la ligature (un pin blanc).

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Le résultat de la mise en forme.

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En général, on les travaille par paquet de dix !

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Un de plus…

   Entre ces phases d’exercices spécifiques, donnés pour vous faire progresser, le maitre vous apporte souvent un arbre différent, qui correspond étrangement au type de bonsai que vous aimez. Dans d’autres cas, il vous demande d’aller choisir vous même l’arbre à travailler. Comme une sorte de récréation  accordée après de longues heures d’un travail répétitif.

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Je n’ai eu que quelques ajustements à réaliser sur ce très beau genévrier, mais ce travail a constitué un de ces moments de « récréation » que nous offrait le maitre.

   Pour finir, voici quelques maximes importantes prononcées par Oyakatta:

« Case by case » (au cas par cas ), utilisée pour répondre à la question du type « Pourquoi fait-on cette action sur ce pin, et pas sur celui là ?   Et le maître de poursuivre : « les bonsai, c’est comme les humains, ils ont beau être de la même espèce, ils sont tous différents ».

   Donc, une seule solution : appliquer le conseil souvent répété lors des arrosages, mais valable pour tout type d’action: « learn the tree » ( apprenez l’arbre ).

   Observer sans cesse pour comprendre la nature spécifique de chaque arbre, et pouvoir adapter nos actions en réponse à ses besoins.

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L’apprentissage du bonsai à Taisho-en

   Les méthodes d’enseignement pratiquées au Japon sont assez différentes de celles utilisées en occident. Ici, l’observation et la pratique sont les maîtres mots. Et contrairement à ce qui semble se faire ailleurs, où la période d’observation peut parfois être très longue avant qu’on vous attribue une tâche intéressante, à Taisho-en, la pratique arrive bien plus vite qu’on ne l’imagine.

   En effet, dès mon arrivée à la pépinière, après les salutations et une courte pause, c’est tout de suite le grand bain!  Au fond d’une allée, on entend un grand «watering !!!» (arrosage !!). Quelques brèves explications, et me voilà avec un tuyau d’arrosage entre les mains. Heureusement, je ne suis pas livré à moi-même. Un oeil averti va superviser mon travail.

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Yusei, apprenti à Taisho-en.

Ici, pas de cours théoriques. On apprend en observant, et en pratiquant les gestes qui sont répétés depuis des décennies au Japon. Les explications, et le sens de nos actions, vont venir pendant la pratique, et non les précéder.

Cette méthode peut être assez déstabilisante pour un occidental, mais pour peu qu’on s’y plie totalement, elle se révèle être d’une redoutable efficacité. Si on ne vous donne pas la finalité d’une action, et que les détails de sa réalisation ne vous sont délivrés qu’au compte goutte, vous êtes obligés d’être extrêmement attentif au moindre geste, à la moindre indication. Pas le temps d’être distrait, vous pourriez manquer quelque chose d’essentiel.

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On commence par observer…

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…avant d’effectuer le travail de sélection des aiguilles.

   A première vue, cela peut apparaitre un peu rigide, car il semble qu’il n’y ait souvent qu’une seule façon de réaliser un geste technique donné. En fait, tous ces gestes ont été testés maintes fois pour arriver à une efficacité, et une économie de moyens impressionnants. Vous vous retrouvez au bout de la chaine de réflexion à appliquer un geste qui a été optimisé au maximum. Dans ces conditions, pourquoi faire autrement ? C’est ce qu’on vous explique si vous appliquez mal une consigne.  Et en réalité, le maitre garde toujours un esprit libre et ouvert, ce qui lui permet d’améliorer régulièrement ses techniques.

   Au final, le fruit de votre attention, et de votre travail, va être récompensé par la compréhension complète de l’action qui vient d’être réalisée. Tout (ou presque!) devient évident et clair. Ainsi, votre implication dans l’exercice vous aura permis d’intégrer avec beaucoup d’efficacité les tenants et les aboutissants de l’opération. Pas besoin de justifier par un long discours pourquoi telle ou telle chose a été faite d’une façon ou d’une autre. Vous l’avez expérimenté par vous même.

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Carlos suit les modifications apportées à l’arbre qu’il vient de mettre en forme.

   Après quelques semaines passées dans cet univers extrêmement codifié et réglé, j’ai commencé à entendre des invitations à être plus libre et créatif. Difficile quand on a tenté de coller au plus près des gestes observés pendant des jours durant, mais ce conseil révèle un point important sur l’état d’esprit à adopter pour aborder la création de nos bonsai.

   D’ailleurs, on constate cela quand on regarde les arbres et les présentations faites dans les plus grandes expositions japonaises. Certains bonsai sortent parfois des règles fixées par la tradition pour aller vers plus d’originalité, ou pour exprimer une caractéristique qui leur est propre.

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Travail à quatre mains sur un pin blanc.

   En effet, il ne faut pas oublier qu’on est face à un «objet» qui a une logique de vie (ou de survie, pour un yamadori ) propre, et qui ne va pas forcément pouvoir répondre à tous  les canons esthétiques japonais. Depuis quelques années, de nombreux artistes à travers le monde ont bien compris cela. A notre tour, «les amateurs», d’entrer dans cette vision fertile du bonsai, tout en prenant garde à l’écueil qui consisterait à mettre les règles complètement de côté en cherchant à «créer des bonsai plus libres».

   J’ai la conviction que si l’on veut atteindre un niveau intéressant, il faut avoir appris les règles japonaises avant de pouvoir commencer à s’en affranchir, et trouver un espace de liberté plus personnel. C’est comme pour un musicien de jazz qui veut improviser: il ne pourra rien construire de solide et de convaincant, s’il n’a pas commencé par apprendre les règles, et à écouter et copier les «anciens». On peut retrouver cela aussi en peinture: c’est une clé commune à tous les arts.

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Une journée à Taisho-en

Voici à quoi ressemble une journée type à Taisho-en. Ici, pour les étudiants, le travail commence à 8 heures, par le nettoyage de la pépinière. Chacun s’est vu attribué une zone à entretenir. Au programme, arrachage des mauvaises herbes, et balayage des allées.

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Yusei, l’apprenti, est arrivé dès 7h30, pour faire le gros du ménage…avec le sourire !

Vers 8h30, le travail sur les arbres commence. La plus grosse activité, au moment où j’étais à Taisho-en  (un mois en juillet/août), a consisté à la taille, sélection des aiguilles, et mise en forme des pins. Mise en forme également de toutes sortes de conifères (principalement pins et genévriers, mais aussi épicéas, ifs, chamaecyparis…).

J’ai pu aussi participer à quelques travaux de marcottage, de greffe, et de taille de feuillus. Sans oublier l’arrosage qui venait rythmer nos journée.  Je reviendrai sur tout cela lors de prochains articles.

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Ciseaux pour couper les pousses de l’année, et pince à épiler pour retirer une partie des aiguilles.

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Deux étapes: à l’arrière, un pin avant le travail, au premier plan, un autre pin, après la taille.

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Yusei met en forme un pin blanc. Il m’explique comment il va disposer les branches.

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Thom ligature son arbre pour le mettre en forme.

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Carlos sélectionne les nouvelles pousses à garder sur ce pin rouge.

A midi, nous regagnons nos studios situés à moins de 5 minutes à pieds de la pépinière. Difficile de prendre le temps de cuisiner, car le travail reprend à 13h. Heureusement, le supermarché du coin nous offre une très grande variété de plats, souvent préparés sur place, que nous pouvons facilement réchauffer dans le coin cuisine de notre studio. De temps en temps, Oyakatta nous invite à partager des « bento » qu’il se fait livrer directement à la pépinière.

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Au cours de la journée, nos travaux sont rythmés par deux séances d’arrosage.

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Ici, il faut savoir tout faire.

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Dès qu’un travail est terminé, après contrôle du maitre, l’arbre retourne sur les étagères. Sans attendre, un autre bonsai est porté à l’atelier.

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Régulièrement, des arbres sont achetés ou vendus. On suspend les travaux en cours pour charger ou décharger le stock.

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La « récolte » du jour.

A 17h, le son d’un carillon retentit dans le quartier. Il signifie à la plupart des gens que leur journée est terminée. C’est notre cas également. Nous en profitons pour prendre le temps d’observer les arbres de la pépinière, discuter avec Hasanuma, ou aller voir l’avancée des travaux de Yusei. Ce dernier va continuer son travail jusqu’à 19h, et il est très fréquent qu’il revienne de 20h à 22h. Un vrai sacerdoce ! Mais comme m’a dit un jour le jeune apprenti, avec beaucoup de conviction: « je veux devenir un maitre de bonsai ». A ce rythme pendant 4 à 5 ans, il n’aura pas volé son titre !

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18h: La journée n’est pas encore terminée pour Yusei.

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Un peu plus de 19h. La nuit commence à tomber.

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Après une journée studieuse, un bon repas pour reprendre des forces.

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Au menu de ce restaurant: porc pané recouvert d’un oeuf (katsu nabe), du choux cru, un bol de riz, et une soupe. Délicieux.

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Ici, la communication se passe principalement en anglais, avec quelques bribes de japonais. Voici mon équipement de « survie »:  Deux dictionnaires, un guide de conversation, des carnets pour noter du vocabulaire, et un autre pour mettre au propre les notes du jour.

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La pépinière s’endort, mais quelques « master pieces » bien éclairées, se chargeront d’impressionner encore le visiteur égaré.

Arbres de la pépinière (1)

Voici quelques bonsai visibles pendant mon séjour. Malgré le calme apparent qui y règne, l’activité dans la pépinière est intense. Les arbres sont déplacés au gré des travaux effectués, certains partent, d’autres arrivent, en fonction des achats et des ventes.

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genévrier itoigawa, probablement greffé, environ 80 cm de haut.

 

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pin blanc (goyomatsu en japonais), environ 60 cm de haut.

 

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à gauche, un pin noir (kuromatsu), à droite, un genévrier rigida (tosho),  50 à 60 cm.

 

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le pin noir de la photo précédente.

 

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érable de burger (kaede), environ 110cm.

 

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genévrier itoigawa, 40 cm.

 

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pin blanc, 30 cm.

 

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cognassier de chine, 60 cm.

 

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pin blanc en cascade, 50 cm.

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le même pin sur un autre face.

 

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érable du japon (momiji), 50 cm.

 

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genévrier rigida, 70 cm.

 

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genévrier de chine, 70 cm.

 

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érable du japon, 80 cm.

 

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cognassier de chine, 50 cm.

 

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pin blanc, 40cm.

 

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genévrier itoigawa, 30 cm.

 

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pin noir, 35 cm.

 

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hêtre du japon (fagus crenata, buna en japonais), 70 cm.

 

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pin rouge (akamatsu), 45 cm.

 

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forêt d’érables de burger, 55 cm.

 

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fin d’après midi à Taisho-en.