La taille des aiguilles des pins noirs et rouges.

   Les techniques exposées dans cet article sont celles utilisées au Japon, dans des conditions climatiques très spécifiques. Les été sont chauds et humides. Ainsi, les plantes connaissent un développement bien plus important que sous nos latitudes. En observant leur croissance, j’ai estimé que cela équivalait à 2 ou 3 saisons de pousse en Europe. Cela signifie schématiquement qu’on va pouvoir tailler un feuillu jusqu’à deux ou trois fois au Japon, alors que le même arbre ne serait taillé qu’une fois sur la même période en Europe.

    Pour un pin, on ne va pas forcément tailler plusieurs fois dans la saison, mais on aura des réactions très fortes suite aux travaux effectués, et donc nécessité de sélectionner les nouveaux bourgeons émis, et d’éclaircir d’avantage les aiguilles.

   Donc, ces techniques doivent être adaptées à notre climat, et certaines opérations sont carrément à proscrire (je pense à la taille des bourgeons des pins blancs, j’y reviendrai).

   Les travaux effectués sur les pins en été sont principalement: la taille des pousses de l’année, et la sélection des aiguilles. A cela s’ajoute parfois la mise en forme de l’arbre, avec sélection des grosses branches, et ligaturage.

   Pour commencer, je vais détailler les techniques utilisées sur les pins noirs et les pins rouges.

   On laisse ces bonsai développer leurs bourgeons largement après le printemps, avant de les couper. Au moment où j’arrive à la pépinière, le 10 juillet (2016), les plus gros arbres (30cm de hauteur et plus) ont déjà été taillés. Certaines de ces plantes ont déjà émis de nouveaux bourgeons, ce qui laisse supposer que leur taille remonte à plusieurs semaines.

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Un pin noir (environ 40cm) qui a déjà émis de nouveaux bourgeons. Photo prise vers le 20/07. Idem pour les deux suivantes.

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Un pin rouge (environ 60 cm), qui a lui aussi bien réagi à la taille.

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Sur ce pin, on constate qu’en plus de la taille des pousses, beaucoup d’aiguilles ont été retirées.

    On attend juillet pour tailler les arbres les plus petits, ainsi ils auront moins de temps que les gros pour développer leurs aiguilles avant la période de repos. Celles ci auront donc des dimensions plus en rapport avec les proportions de l’arbre.

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29 juillet:  quasiment tous les pins noirs de petite taille (shohin) on été taillés. Au milieu et au fond de la photo, on distingue quelque arbres qui restent à faire.

   Concrètement, on va tailler les pousses à ras pour faire naître de nouveaux bourgeons, et permettre une ramification plus importante. On va aussi procéder à la sélection des aiguilles en les retirant avec une grosse pince à épiler. Cela va apporter plus de lumière à l’intérieur de l’arbre et favoriser le développement des rameaux internes, plus faibles, car recevant moins de lumière. Éventuellement, cela permettra aussi de stimuler l’apparition des nouveaux bourgeons à l’intérieur de la ramure, en plus de ceux qui vont apparaître automatiquement aux extrémités taillées.

   Sur tous les pins noirs et rouges, on taille la totalité des pousses de l’année. Sauf si l’arbre est trop faible, ou qu’on désire qu’une partie de l’arbre se développe davantage.

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Ici, on veut faire grossir la cime de l’arbre, ou lui redonner de la vigueur, donc pas de taille pour elle, contrairement au reste de l’arbre.

   Pour la sélection des aiguilles, c’est au cas par cas. Sur des arbres très vigoureux, on va retirer toutes les aiguilles des années passées, et ne laisser que 3 ou 4 paires d’aiguilles de l’année par rameaux. Sur des bonsai faibles, ou anciens, dont la pousse est lente, on va se contenter de retirer seulement quelques vieilles aiguilles.

   Entre ces deux cas extrêmes, il y a un tas de possibilités en fonction de ce que nous « dit » l’arbre. Sa santé, le niveau esthétique atteint, sont les critères qui vont guider notre choix de désaiguiller plus ou moins. Sur des arbres précieux, Oyakatta nous demandait de commencer par une sélection légère des aiguilles, puis il prenait la main pour décider lui-même jusqu’où aller dans l’opération, ou bien il nous laissait faire, mais revenait à intervalles réguliers pour nous dire jusqu’où aller.

   On peut aussi contrôler la vigueur d’une branche en réduisant la longueur des aiguilles par la taille. Cela peut aussi avoir un but esthétique, si l’on veut donner à toutes les aiguilles la même dimension. Avec le petit inconvénient de laisser une trace brune à l’endroit de la coupe.

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Les outils: ciseaux et pince à épiler.

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Un pin noir avant…

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…et après.

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La taille est effectuée au ras de la pousse. Il ne reste qu’un millimètre ou deux. Pour retirer les aiguilles, on tire sur leur base à la pince à épiler. Il ne va rester que leur gaine. Sur cet arbre, certaines aiguilles avaient déjà été raccourcies avant notre travail (probablement l’an passé). On voit les traces laissées par cette taille à leur extrémité.

 

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Un autre exemple. Avant…

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…après.

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Sur ce bonsai, on a taillé toutes les pousses de l’année, et retiré beaucoup d’aiguilles.

   Quelques semaines après avoir taillé les pousses de l’année, de nouveaux bourgeons apparaissent, principalement au niveau de la coupe. On ne laisse que deux ou trois bourgeons par rameau en gardant les mieux placés. L’opération se fait à la grosse pince à épiler. En faisant cette sélection, il faut penser à la future mise en forme de la branche: le dessous des plateaux doit être bien plat, donc il faut retirer en priorité les bourgeons situés sous la branche.

   Quand les bourgeons repoussent, ils sont souvent nombreux et vigoureux. Cela s’explique par le climat et la fertilisation soutenue : Engrais organique (NPK: 4-2-1) sous forme de boulettes, renouvelé pendant toute la saison de croissance, même pendant l’été. Pendant cette période, on arrose en général deux fois par jour, donc il n’y a pas de risques de voir les racines brûler à cause d’un excès d’engrais. En plus, le dosage de l’engrais n’est pas trop élevé.

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Sur ce pin rouge, il ne faut conserver que deux ou trois bourgeons par rameau.

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Oyakatta commence la sélection.

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Je poursuis le travail sur ce pin impressionnant.

 

Voilà ce que j’ai pu saisir du travail réalisé en été sur les pins noirs et rouges. On peut appliquer ces techniques en Europe sur les mêmes espèces, en les adaptant à nos conditions de climat, de culture, et à la vitalité de nos arbres. Par exemple, ici en France, je ne taille jamais les pousses de l’année après la fin du mois de juin, pour laisser le temps aux nouvelles aiguilles de se développer.

Je consacrerai un prochain article sur les pins blancs, réputés être des pins plus faibles.

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