le bonsai à sa source

Bonjour, je m’appelle Sébastien. Passionné par l’art du bonsai, j’ai eu la chance de faire plusieurs séjours dans la pépinière de Nobuichi et Taiga Urushibata, située à Shizuoka. Ce blog a pour but de vous faire profiter de cette expérience incroyable qui m’a mené au coeur d’une des plus importantes pépinières du Japon.

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Mise en forme d’un pin blanc – Taiga Urushibata

Voici l’évolution d’un énorme « goyomatsu » (pin blanc), mis en forme par Taiga Urushibata, assisté de son apprenti Yusei Sasaki.

L’arbre mesure 90 à 100 cm de haut, et est planté sur une énorme lauze d’environ 80 cm de long.  Ce travail impressionnant a été réalisé en 3 jours.

 

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Certains fils de cuivre de forts diamètres (5-6 mm) sont utilisés non recuits. Ils sont ainsi plus rigides et capables de maintenir des branches très épaisses, mais cette rigidité les rend très difficiles à manipuler, et Taiga doit utiliser beaucoup de force. Souvent, l’extrémité du fil est maintenue avec une pince, pour le diriger avec plus de facilité.

Avec ce fil très dur, le risque semble grand de casser des branches. Pourtant, aucun dommage ne sera causé à l’arbre. Le maitre fait preuve d’une grande maitrise technique.

 

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Yusei Sasaki, l’apprenti de Taiga.

 

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L’arbre terminé, exposé en devanture de la pépinière.

 

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Côté gauche.

 

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L’arbre est ligaturé « seulement » à 80%. Il est très difficile d’obtenir une finition si parfaite, alors que l’arbre n’est pas totalement ligaturé. Cela suppose une technique sans faille. Taiga et son apprenti possèdent ce haut degré de maitrise.

 

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Côté droit.

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Face arrière.

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Galerie (2) – pins blancs

Quelques pins blancs vus à la pépinière.

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Hauteur env. 90 cm

 

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Hauteur env. 30 cm

 

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Hauteur env. 25 cm

 

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Hauteur env. 80 cm

 

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Hauteur env. 30 cm

 

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Hauteur env. 90 cm

 

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Hauteur env. 50 cm

 

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Hauteur env. 70 cm

 

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Hauteur env. 60 cm

 

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Hauteur env. 90 cm

 

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Hauteur env. 50 cm

 

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Le même arbre, vu de côté.

 

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Hauteur env. 30 cm

 

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Hauteur env. 80 cm

 

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Hauteur env. 70 cm

 

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Hauteur env. 60 cm

 

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Hauteur env. 70 cm

 

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Hauteur env. 50 cm

 

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Hauteur env. 60 cm

 

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Hauteur env. 50 cm

 

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Hauteur env. 80 cm

Entretien des pins blancs

Les pins blancs sont des pins dits « faibles ». Ils ne produisent a priori qu’une seule pousse par an, il faut donc les tailler avec précaution.

Ces arbres préfèrent les sols secs. On veillera à utiliser un substrat bien drainant, pour éviter un excès d’humidité, et à bien laisser sécher entre 2 arrosages. Si les pins blancs aiment avoir leurs racines au sec, ils apprécient qu’on offre de l’humidité à leurs aiguilles. Ainsi, en été, il n’est pas rare que sur les 2 arrosages pratiqués par jour à Taisho-en,  pour l’un des deux, on se contente de mouiller les aiguilles des arbres, sans arroser leur substrat, ou très peu.

Lors du travail d’éclaircissement de l’arbre, et de sa mise en forme, nous allons retirer les vieilles aiguilles, et une partie de celles de l’année. La quantité enlevée dépendra de la vigueur de l’arbre, et de son stade de développement. Ce travail permettra d’apporter de la lumière à l’intérieur de l’arbre, pour favoriser le bourgeonnement. Cela va aussi faciliter la pose du fil pour la mise en forme.

La meilleure période pour ligaturer les pins blancs, préconisée par Bjorn Bjorholm dans sa vidéo  » The bonsai art of Japan  » ( Episode 29), se situe de fin septembre à début mars. Cela évitera de casser les jeunes pousses émises au printemps. Mais comme d’habitude, cela doit être adapté à vos conditions de culture.

A Taisho-en, ce travail est réalisé pratiquement toute l’année, avec une petite interruption au moment où les nouvelles pousses sont les plus fragiles (avril-juin). Mais cela va dépendre du type d’arbre.

 

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Ce pin blanc, travaillé en juillet 2016, est très vigoureux. Nous pouvons l’éclaircir, et le mettre en forme sans risque.

 

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On éclaircit en taillant les rameaux en trop: on garde la plupart du temps 2 départs au bout d’une branche plus importante. On retire aussi les vieilles aiguilles, et une partie de celles de l’année, en ne conservant qu’une couronne d’aiguilles aux extrémités des rameaux.

 

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Mon premier travail à Taisho-en ! La mise en forme est terminée. Elle devra être affinée au cours des années à venir.

 

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Le même arbre en avril 2017. Il n’a évidemment pas émis de nouvelles pousses après juillet. On distingue les nouveaux bourgeons de l’année qui commencent à se développer.

 

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Oyakatta inspecte le travail réalisé par Carlos sur un petit pin blanc (juillet).

 

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Un de plus !

 

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Ces nombreux pins blancs sont utilisés par les étudiants, pour mettre en pratique les techniques de base enseignées ici. Notez la boulette d’engrais disposée dans chaque pot. Photo début août.

 

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Sur cet arbre, aucune aiguille n’est retirée avant la mise en forme ( juillet ).

 

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Le résultat.

 

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Un pin blanc plus imposant (70cm), après un travail effectué début avril. L’arbre a été légèrement désaiguillé (vieilles aiguilles uniquement), puis ligaturé, et greffé. Stephan, un étudiant belge a commencé le travail, que j’ai ensuite poursuivi. Il manque encore un peu de fil sur la cime.

 

 

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Le même arbre. Oyakatta nous explique que dans ce cas, on retire la chandelle centrale, et on casse la moitié de celle de droite.

 

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Afin de réaliser une photo, j’entreprends  l’opération qu’il vient de nous décrire. Mais il me demande d’arrêter: « Nous verrons plus tard ! ». Le risque d’affaiblir l’arbre est trop grand. En effet, certaines branches importantes vont être coupées, la ligature n’a pas été encore posée, et on va aussi greffer l’arbre. Finalement, on ne touchera pas aux chandelles pour ne pas enlever trop d’énergie à l’arbre.

 

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Détail des greffes réalisées sur la branche basse de droite. Une branche du même arbre a été coupée, plongée dans un seau d’eau pendant quelques heures, puis on a prélevé les greffons. Durant mon séjour en avril, c’est la seule fois où l’on a immergé des greffons afin de les poser. Mais c’est aussi la seule fois où l’on a greffé du pin blanc. Les autres greffes ont été pratiquées sur des pins noirs, qui n’ont pas besoin de la même attention.

 

 

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Sur cet arbre vénérable, nous n’enlèverons pas d’aiguilles. Nous demandons pourquoi à Oyakatta: « Je n’ai pas envie de ne voir que les os de l’arbre! ». Autrement dit, on ne va pas trop le déplumer.  Quelques branches seront ligaturées pour affiner la forme de générale de l’arbre (fin juillet).

 

Dans sa vidéo (cf lien à la fin de l’article), Bjorn Bjorholm, explique qu’à Kouka-en (Osaka), le développement des pins blancs est contrôlé quasiment uniquement en gérant l’arrosage, et la fertilisation (engrais donné seulement au début de l’automne). La taille des chandelles n’est apparemment pas pratiquée. A Taisho-en, les pratiques sont un peu différentes. Selon mes observations, je déduis qu’on donne de l’engrais organique aux pins blancs, dès le mois de juin. L’engrais est dosé à 4-2-1.

 

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Fin juillet: l’engrais est déjà en place depuis un moment sur ce shohin .

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Même constat pour cet arbre.

 

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Mi-juillet. Sur ce pin blanc plus grand (60 cm), l’engrais est en place depuis au moins le début du mois.

 

Mettons maintenant en pratique les deux principaux enseignements que j’ai appris d’Oyakatta . Ses mots résonnent encore en moi quand je m’apprête à agir sur mes arbres:

  • « Case by case » : on procède toujours au « cas par cas ».
  • « Learn the tree » :  « apprenez l’arbre » , c’est à dire observez chaque arbre pour adapter vos actions à ses particularités. N’appliquez pas les règles apprises sans les adapter à l’arbre, s’il le « demande ».

Avec ces mots en tête, oubliez un instant la règle communément appliquée: « on ne taille jamais la totalité des chandelles d’un  pin blanc », avant de regarder les photos suivantes.

 

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Mi-juillet. Emission de nouveaux bourgeons sur un pin blanc, après la taille de la quasi totalité de l’extrémité des rameaux, effectuée plusieurs mois avant.

 

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Le même bonsai. Ici, l’arbre a réagi comme un pin noir: une profusion de nouveaux bourgeons naissent à l’endroit de la coupe !

 

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Vu d’ensemble de l’arbre.

 

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Un autre pin blanc ayant été taillé plusieurs mois avant la photo, prise à la mi-juillet.

 

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Le même arbre. La plupart des tailles n’ont fait naitre qu’un seul bourgeon, mais à certains endroits, il y en a tout de même deux.

 

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Un dernier exemple sur un pin blanc taillé sévèrement. Photo début août.

 

Cela semble étonnant, mais ces arbres ont bien réagi. Ici ou là, quelques branches n’ont pas donné de nouveaux bourgeons. Elles vont probablement mourir, mais d’autres les remplaceront. Les conditions climatiques du japon permettent ce genre d’opération. Cependant elle n’est pratiquée que sur des arbres vigoureux, en cours de formation.

Asanuma que j’ai questionné sur le sujet, m’a confié que l’opération restait risquée, et qu’on pouvait perdre parfois jusqu’à 30 %  des branches ainsi taillées. Autant vous dire que j’hésiterais à faire cela sur un pin blanc cultivé en Europe.

 

Je vous invite à regarder la vidéo de Bjorn Bjorholm sur le sujet. En anglais: « The bonsai art of Japan  » . Vous trouverez facilement l’épisode 29, une fois sur la page youtube, en déroulant la liste des vidéos :

 

La taille des aiguilles des pins noirs et rouges

   Les techniques exposées dans cet article sont celles utilisées au Japon, dans des conditions climatiques très spécifiques. Les été sont chauds et humides. Ainsi, les plantes connaissent un développement bien plus important que sous nos latitudes. En observant leur croissance, j’ai estimé que cela équivalait à 2 ou 3 saisons de pousse en Europe. Cela signifie schématiquement qu’on va pouvoir tailler un feuillu jusqu’à deux ou trois fois au Japon, alors que le même arbre ne serait taillé qu’une fois sur la même période en Europe.

    Pour un pin, on ne va pas forcément tailler plusieurs fois dans la saison, mais on aura des réactions très fortes suite aux travaux effectués, et donc nécessité de sélectionner les nouveaux bourgeons émis, et d’éclaircir d’avantage les aiguilles.

   Donc, ces techniques doivent être adaptées à notre climat, et certaines opérations sont carrément à proscrire (je pense à la taille des bourgeons des pins blancs, j’y reviendrai).

   Les travaux effectués sur les pins en été sont principalement: la taille des pousses de l’année, et la sélection des aiguilles. A cela s’ajoute parfois la mise en forme de l’arbre, avec sélection des grosses branches, et ligaturage.

   Pour commencer, je vais détailler les techniques utilisées sur les pins noirs et les pins rouges.

   On laisse ces bonsai développer leurs bourgeons largement après le printemps, avant de les couper. Au moment où j’arrive à la pépinière, le 10 juillet (2016), les plus gros arbres (30cm de hauteur et plus) ont déjà été taillés. Certaines de ces plantes ont déjà émis de nouveaux bourgeons, ce qui laisse supposer que leur taille remonte à plusieurs semaines.

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Un pin noir (environ 40cm) qui a déjà émis de nouveaux bourgeons. Photo prise vers le 20/07. Idem pour les deux suivantes.

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Un pin rouge (environ 60 cm), qui a lui aussi bien réagi à la taille.

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Sur ce pin, on constate qu’en plus de la taille des pousses, beaucoup d’aiguilles ont été retirées.

    On attend juillet pour tailler les arbres les plus petits, ainsi ils auront moins de temps que les gros pour développer leurs aiguilles avant la période de repos. Celles ci auront donc des dimensions plus en rapport avec les proportions de l’arbre.

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29 juillet:  quasiment tous les pins noirs de petite taille (shohin) on été taillés. Au milieu et au fond de la photo, on distingue quelque arbres qui restent à faire.

   Concrètement, on va tailler les pousses à ras pour faire naître de nouveaux bourgeons, et permettre une ramification plus importante. On va aussi procéder à la sélection des aiguilles en les retirant avec une grosse pince à épiler. Cela va apporter plus de lumière à l’intérieur de l’arbre et favoriser le développement des rameaux internes, plus faibles, car recevant moins de lumière. Éventuellement, cela permettra aussi de stimuler l’apparition des nouveaux bourgeons à l’intérieur de la ramure, en plus de ceux qui vont apparaître automatiquement aux extrémités taillées.

   Sur tous les pins noirs et rouges, on taille la totalité des pousses de l’année. Sauf si l’arbre est trop faible, ou qu’on désire qu’une partie de l’arbre se développe davantage.

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Ici, on veut faire grossir la cime de l’arbre, ou lui redonner de la vigueur, donc pas de taille pour elle, contrairement au reste de l’arbre.

   Pour la sélection des aiguilles, c’est au cas par cas. Sur des arbres très vigoureux, on va retirer toutes les aiguilles des années passées, et ne laisser que 3 ou 4 paires d’aiguilles de l’année par rameaux. Sur des bonsai faibles, ou anciens, dont la pousse est lente, on va se contenter de retirer seulement quelques vieilles aiguilles.

   Entre ces deux cas extrêmes, il y a un tas de possibilités en fonction de ce que nous « dit » l’arbre. Sa santé, le niveau esthétique atteint, sont les critères qui vont guider notre choix de désaiguiller plus ou moins. Sur des arbres précieux, Oyakatta nous demandait de commencer par une sélection légère des aiguilles, puis il prenait la main pour décider lui-même jusqu’où aller dans l’opération, ou bien il nous laissait faire, mais revenait à intervalles réguliers pour nous dire jusqu’où aller.

   On peut aussi contrôler la vigueur d’une branche en réduisant la longueur des aiguilles par la taille. Cela peut aussi avoir un but esthétique, si l’on veut donner à toutes les aiguilles la même dimension. Avec le petit inconvénient de laisser une trace brune à l’endroit de la coupe.

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Les outils: ciseaux et pince à épiler.

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Un pin noir avant…

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…et après.

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La taille est effectuée au ras de la pousse. Il ne reste qu’un millimètre ou deux. Pour retirer les aiguilles, on tire sur leur base à la pince à épiler. Il ne va rester que leur gaine. Sur cet arbre, certaines aiguilles avaient déjà été raccourcies avant notre travail (probablement l’an passé). On voit les traces laissées par cette taille à leur extrémité.

 

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Un autre exemple. Avant…

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…après.

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Sur ce bonsai, on a taillé toutes les pousses de l’année, et retiré beaucoup d’aiguilles.

   Quelques semaines après avoir taillé les pousses de l’année, de nouveaux bourgeons apparaissent, principalement au niveau de la coupe. On ne laisse que deux ou trois bourgeons par rameau en gardant les mieux placés. L’opération se fait à la grosse pince à épiler. En faisant cette sélection, il faut penser à la future mise en forme de la branche: le dessous des plateaux doit être bien plat, donc il faut retirer en priorité les bourgeons situés sous la branche.

   Quand les bourgeons repoussent, ils sont souvent nombreux et vigoureux. Cela s’explique par le climat et la fertilisation soutenue : Engrais organique (NPK: 4-2-1) sous forme de boulettes, renouvelé pendant toute la saison de croissance, même pendant l’été. Pendant cette période, on arrose en général deux fois par jour, donc il n’y a pas de risques de voir les racines brûler à cause d’un excès d’engrais. En plus, le dosage de l’engrais n’est pas trop élevé.

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Sur ce pin rouge, il ne faut conserver que deux ou trois bourgeons par rameau.

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Oyakatta commence la sélection.

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Je poursuis le travail sur ce pin impressionnant.

 

Voilà ce que j’ai pu saisir du travail réalisé en été sur les pins noirs et rouges. On peut appliquer ces techniques en Europe sur les mêmes espèces, en les adaptant à nos conditions de climat, de culture, et à la vitalité de nos arbres. Par exemple, ici en France, je ne taille jamais les pousses de l’année après la fin du mois de juin, pour laisser le temps aux nouvelles aiguilles de se développer.

Je consacrerai un prochain article sur les pins blancs, réputés être des pins plus faibles.

Les « mame »

Les bonsai sont classés en fonction de leur dimension. La catégorie la plus petite s’appelle « mame ». Ce sont les arbres de moins de 7 cm de haut. Leur culture ne tolère aucune erreur. A Taisho-en, c’est Hasanuma qui en est responsable. Cet homme très discret et jovial a un rôle central dans la pépinière. Il reçoit les appels des clients, gère le site internet, s’occupe des colis postaux, et se voit confier une des tâches les plus délicates: l’entretien des mame.

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Hasanuma effectuant la taille d’un pin. Remarquez le support à mame, pratique pour travailler l’intérieur de la ramure de ces petits bonsai.

 

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L’espace de travail d’ Hasanuma. Malgré ses nombreuses occupations, il est toujours disponible pour répondre à nos questions.

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L’atelier donne directement sur l’espace shohin (jusqu’à 22-23 cm), et mame (7cm).

 

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Les mame sont disposés à l’arrière plan.

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Ceux qui viennent d’être rempotés sont placés à l’ombre.

Au japon, pouvoir classer les bonsai par taille est important. Un arbre qui sort de sa catégorie perd de sa valeur. Ainsi, on essaie toujours de les maintenir dans des dimensions « acceptables ». Pour exemple, le genévrier ci-dessous qui sera travaillé dans ce sens au prochain rempotage.

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L arbre est un peu « grand » pour rester dans la catégorie des moins de 7 cm.

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Au rempotage, on doit pouvoir gagner 1 à 2 cm en faisant entrer l’arbre un peu plus dans le pot.

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Un pin noir dont la pousse de l’année a été taillée, et une partie des aiguilles retirée (environ 50 à 60 %) pour favoriser le bourgeonnement arrière.

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Ce tosho (junip.rigida) est à vendre environ 230€.

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Sur ce genévrier chinensis, on voit bien les 2 types de feuillage qu’il peut produire. En haut, le feuillage en écailles, et en bas le feuillage juvénile, émis en réaction à un stress (probablement causé par la ligature). Si on laisse l’arbre se reposer et qu’on le cultive bien , il retrouvera le feuillage en écaille tant apprécié.

 

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Cette photo de côté avec le briquet, nous donne une idée de l’échelle.

 

En se promenant dans la pépinière, on découvre une autre zone dédiée aux mame, et elle se trouve sur un toit!

Depuis cet été (2016), un système d’ombrage a été installé. Jusqu’à présent les arbres supportaient bien le plein soleil, mais les températures ont une fâcheuse tendance à augmenter (comme un peu partout sur la planète), et il devient compliqué de maintenir les arbres dans ces conditions.

Il faut noter que si les arrosages ont lieu en général 2 fois par jour pour les autres arbres, les mame cultivés ici sont arrosés parfois jusqu’à 4 fois par jour.

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On cultive les mame dans un pot plus grand, pour éviter que la terre du pot principal ne sèche trop vite.

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Difficile de faire plus petit !

 

Pour finir, une petite merveille de mise en forme réalisée par Hasanuma:

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La pédagogie de Nobuichi Urushibata

   Dans cet article, je vais aborder un peu plus en détail la manière dont le bonsai est enseigné à Taisho-en. Je vais parler des méthodes de Nobuichi Urushibata. Le maitre s’occupe uniquement des étudiants étrangers qui viennent apprendre ici pour de courts séjours.

   En ce qui concerne Taiga, sa pédagogie est proche de celle de son père, mais il semble plus rude et encore plus exigeant. On comprend cela quand on sait que le jeune artiste a suivi pendant 6 ans l’enseignement de Mashiko Kimura, un des plus grands maitres, réputé pour son enseignement très sévère. Taiga a en charge la formation des « daishi », les apprentis qui passeront minimum 4 ans à la pépinière avant de devenir professionnels.

   A Taisho-en, le programme n’est jamais donné à l’avance. Il faut rester attentif en permanence aux activités de la pépinière, et être prêt à tout moment à suspendre une tâche pour aller aider quelqu’un qui en aurait besoin. Et c’est souvent d’un simple signe de la main qu’on vous sollicite. Cela peut être pour aller déplacer un arbre, décharger un véhicule, ou apporter son aide à un travail spécifique qui a besoin d’une paire de main supplémentaire.

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   Quand Oyakatta travaille, nous devons suivre avec attention ses gestes pour pouvoir anticiper ses demandes. En effet, pour réclamer un outil, il se contentera…de tendre la main dans le vide! A vous de deviner de quoi il a besoin. Pour que l’action reste fluide, mieux vaut avoir bien suivi les opérations.

   Du coup, au bout de quelques temps, on développe la même attention au travail des autres étudiants, et il n’est pas rare qu’un outil traverse la pièce en passant de main en main, alors que la demande a à peine été énoncée. De ce fait, le travail avance vite, dans un climat de concentration et d’entraide très appréciable.

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Carlos sélectionne les aiguilles d’un grand pin blanc.

   Comme je l’ai dit dans l’article « l’apprentissage du bonsai à Taisho-en », ici, pas de cours théoriques. Chaque nouvelle tâche commence par une phase d’observation : par exemple, avant ma première séance de ligaturage, j’ai été invité à aller observer les arbres de la pépinière déjà mis en forme. Ensuite, Oyakatta a ligaturé sous mes yeux une branche d’un bonsai, et j’ai poursuivi ensuite tout seul. Régulièrement, le maitre revenait pour juger mon travail, me demandant de défaire et de recommencer une ligature mal faite, et souvent, il ligaturait de nouveau lui même pour me montrer la marche à suivre.

On pourrait résumer les différentes actions ainsi:                                                                Observer – faire soi même – être corrigé – refaire.

   Ce processus va être sans cesse répété, jusqu’à ce que vous soyez de plus en plus autonome. Au bout d’un temps, et en fonction de l’importance des arbres, Oyakatta vous laissera travailler seul, et viendra seulement contrôler votre travail un fois celui-ci terminé. A ce moment là, si vous avez bien travaillé, vous serez gratifié d’un léger sourire, et d’un grand « Next »…. Pas le temps de s’endormir sur ses lauriers, on enchaine avec un autre arbre!

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Je pince les jeunes pousses de ce beau genévrier rigida, dont la veine vivante serpente avec élégance autour du bois mort.

   Nobuichi Urushibata a développé une très grande sensibilité en direction des plantes. D’un seul coup d’oeil, il sait estimer la quantité d’eau nécessaire lors de l’arrosage, juger de la santé d’un arbre, évaluer si un travail peut être réalisé, et surtout jusqu’où aller  pour ne pas le mettre en danger. Il a aussi cette capacité à ne jamais s’enfermer dans une idée, et à pouvoir modifier totalement un projet, si jamais il se rend compte au cours du travail, que l’option prise n’est pas la meilleure (pour des raisons esthétiques, ou pour préserver la santé du bonsai). Ainsi, l’artiste sait faire preuve d’une grande humilité face à sa création. Sa volonté ne s’impose jamais inutilement à la plante.

   Dans la journée, très peu de choses semblent être planifiées à l’avance par le maitre. C’est son instinct qui le guide en permanence. Mais cette faculté à organiser son travail, et cette connexion avec le vivant, sont le fruit de longues années d’observation, d’essais, de remise en question, et de perfectionnement de ses techniques. Le vieil  homme me fait penser à ces maitres d’arts martiaux, ou ces virtuoses dans le domaine musical,  qui ont tellement travaillé et intégré la technique de leur art, que chacun de leur geste est chargé d’énergie, et semble être réalisé avec une facilité déconcertante. Ils font corps avec leur discipline, et génèrent beaucoup d’harmonie et de beauté. Il en est de même pour Nobuichi Urushibata.

   Ce sens de l’observation et cette sensibilité, s’appliquent aussi envers les humains. Le maitre vous donne toujours un travail à réaliser en fonction de votre niveau, ou de celui à atteindre. Du coup, il est fréquent, pour un même arbre, que l’un des étudiants commence un travail, puis qu’un deuxième s’occupe de l’étape suivante. Par exemple, au début de mon premier séjour, sur les genévriers, ma tâche consistait  à  éclaircir les rameaux par la taille, pour préparer le ligaturage. Petit à petit, on m’a donné à faire également quelques ligatures de branches. A la fin du mois, il m’arrivait de n’avoir que la finition des mises en forme à réaliser (poser les fils les plus petits), alors qu’un étudiant fraichement arrivé réalisait les travaux que je faisait plutôt au début. On me confiait également plus d’ arbres à mettre en forme de A à Z.

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Un genevrier à travailler..

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…à quatre mains.

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Le résultat de notre mise en forme.

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Voici le type d’arbre qui peut servir à s’entrainer à la ligature (un pin blanc).

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Le résultat de la mise en forme.

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En général, on les travaille par paquet de dix !

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Un de plus…

   Entre ces phases d’exercices spécifiques, donnés pour vous faire progresser, le maitre vous apporte souvent un arbre différent, qui correspond étrangement au type de bonsai que vous aimez. Dans d’autres cas, il vous demande d’aller choisir vous même l’arbre à travailler. Comme une sorte de récréation  accordée après de longues heures d’un travail répétitif.

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Je n’ai eu que quelques ajustements à réaliser sur ce très beau genévrier, mais ce travail a constitué un de ces moments de « récréation » que nous offrait le maitre.

   Pour finir, voici quelques maximes importantes prononcées par Oyakatta:

« Case by case » (au cas par cas ), utilisée pour répondre à la question du type « Pourquoi fait-on cette action sur ce pin, et pas sur celui là ?   Et le maître de poursuivre : « les bonsai, c’est comme les humains, ils ont beau être de la même espèce, ils sont tous différents ».

   Donc, une seule solution : appliquer le conseil souvent répété lors des arrosages, mais valable pour tout type d’action: « learn the tree » ( apprenez l’arbre ).

   Observer sans cesse pour comprendre la nature spécifique de chaque arbre, et pouvoir adapter nos actions en réponse à ses besoins.

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